Jacek Dukaj : Mes Utopiales de B à V

Comme chaque année, vers Samain, se sont tenues les Utopiales à Nantes. 153000 visiteurs cette année, et moi et moi et moi. Ne faisons pas durer le suspense, c'était vraiment bien !!! Genre grave bien !!!! Aux Utopiales il y a surtout des auteurs qu'on va retrouver jour après jour ci-dessous (ou dessus, ça dépend dans quel sens vous lisez) , sur plusieurs posts successifs (survivance d'un temps où on économisait la bande passante – « dis ton âge sans dire ton âge ») . Tous les présents aux Utos n'y sont pas, c'est au fil des rencontres que les photos sont faites, la vie n'est pas juste. AND NOW, LADIES AND GENTLEMEN, FOR YOUR PLEASURE AND EDIFICATION, THE ONE AND ONLY JACEK DUKAJ

Déranger le nid de vipères


Tome 3 de la série Urban. Ca reste excellent.
Ce volume, intitulé "Que la lumière soit…", permet au lecteur de plonger plus avant dans la psychologie des personnages principaux en mettant en lumière leur passé. Alors que l’histoire avance, de nombreux flashbacks éclairent le lecteur sur les destinées des protagonistes du récit. C’est bienvenu.

Après l’attentat de masse qui a causé le chaos à Montplaisir, le parc d’attraction géant panse ses plaies. Rongé par le remords, Zach ne peut plus fermer les yeux sur la manière étrange dont sont gérées police et justice dans la ville de loisir. Il entame, difficilement, une enquête personnelle sur les tenants et aboutissants de l’affaire de meurtres en série qui endeuille Montplaisir, alors que la direction du parc envoie ses intercepteurs dans une mission de ratissage de grande envergure. Il ignore qu’au même moment sa famille, à l’extérieur, est en très grand danger.
La femme qu’il aime, la malheureuse Ishrat, trouve, semble-t-il, une porte de sortie à sa situation d’esclavage sexuel. Vérité ou illusion ?
Le jeune Niels Colton, le fugueur du tome 2, semble être l’enjeu d’une lutte qui le dépasse et qui est encore obscure pour l’instant. Sa mère, absente jusqu’alors, entre dans le jeu pour découvrir la vérité.

On découvre enfin l’intimité de Springy Fool, le maitre omnipotent de Montplaisir, un homme bien peu respectable doublé d’un inadapté social, alors qu’on suit, en parallèle, les premiers pas d’un émouvant couple, l’inspecteur Gunnar Christiansen et sa femme Pernilla, qui portent haut la dignité et la décence des dominés.

Une histoire riche, complexe, poignante. Une critique sociale percutante sans être jamais lourdingue car tout s’enchaine logiquement et que chacun avance sur les rails auxquels sa position lui donne accès. Des personnages développés dont aucun ne laisse indifférent. Une intrigue qui met la sagacité du lecteur à la torture. Un dessin, enfin, superbe, détaillé, rempli de détails, qui exprime la folie du lieu, l’obscénité de l’indifférence hilare, et la violence sous-jacente de la domination (à l'heure des débats sur le sexisme dans le dessin de BD, la manière dont Ricci dessine une femme d'âge mur et en surpoids qui reste une femme désirante et digne dans son désir est un manifeste à soi seul qui prouve qu'en BD on ne dessine pas que des bimbos spread-eagled).
Il faut lire, il faut attendre la suite, il faut se réjouir que ce cycle existe.

Urban t3, Que la lumière soit…, Brunschwig, Ricci

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